Covid-19 : quel impact sur l’industrie du crédit en Belgique ?

Chronique par A. Lepert, fondateur de Simulationpret.be

La pandémie de Covid-19 a mis à mal tous les aspects de notre économie, y compris le marché de l’emprunt. Heureusement, nous sommes encore loin d’un scénario comme en 2008, mais les établissements de crédit ont constaté de gros changements dans la demande de prêts.

Voici comment l’industrie du crédit a été impactée par la Covid-19 et ce que cela implique pour les emprunteurs belges.

 

Les Belges empruntent moins en 2020

Les Belges empruntent moins depuis le début de la crise sanitaire : le nombre de nouveaux crédits souscrits a diminué de 16.5% par rapport à 2019.

Cela s’explique facilement : beaucoup de ménages ont vu leurs revenus diminuer ou anticipent une diminution dans un avenir proche. Résultat : ils dépensent moins et empruntent moins, et ce comportement devrait persister dans les mois à venir.

 

La demande de prêts personnels fortement impactée

L’impact de la Covid-19 s’est particulièrement fait sentir pour les crédits à la consommation : selon la Banque Nationale de Belgique on a assisté à une baisse de 18.1% des prêts personnels par rapport à l’année dernière. Un chiffre qui traduit le sentiment d’insécurité des consommateurs : ils évitent les dépenses dont ils peuvent se passer et sont moins disposés à remplacer leur voiture ou leurs appareils électroménagers. De plus, beaucoup de Belges ont dû faire une croix sur leurs projets : vacances, mariage, fêtes… Des événements qui font d’habitude l’objet d’un prêt personnel et qui n’ont pas pu avoir lieu cette année.

 

Les banques durcissent leurs conditions

La situation sur le marché du crédit immobilier dans certains pays d’Europe a poussé la Banque Centrale Européenne à émettre des recommandations strictes envers la Belgique.

La crainte de l’effondrement du système bancaire belge est bien réelle : les prix de l’immobilier auraient été surestimés ces dernières années, créant une bulle financière qui menace d’exploser en cas de reventes massives par des propriétaires en détresse. Un tel événement serait une catastrophe pour l’économie du pays.

Pour prévenir cette situation, la Banque Nationale de Belgique a renforcé les obstacles à l’obtention d’un crédit immobilier. Depuis le 1er janvier 2020, un prêt hypothécaire destiné à l’achat d’une résidence principale ne peut plus couvrir que 90% du montant du bien. L’emprunteur doit financer les 10% restants avec un apport personnel. Dans le cas de l’investissement locatif, cette quotité est passée à 80%. Les frais de notaire, frais de dossier, droits d’enregistrement et autres frais annexes ne sont désormais plus couverts par le crédit immobilier.

La seule exception à cette nouvelle règlementation est le cas des primo-accédants : les personnes qui n’ont pas été propriétaires durant les deux dernières années pourront toujours souscrire un prêt hypothécaire couvrant 100% du coût du bâtiment.

Une autre raison qui explique ce durcissement des règles est la volonté du gouvernement de pousser les citoyens à dépenser leur épargne. Les Belges sont connus pour être de grands épargnants, mais la consommation est indispensable pour la relance économique du pays.

 

Un taux record pour le prêt hypothécaire

En 2020, les taux d’intérêts du prêt hypothécaire ont atteint des records inédits : ils sont descendus jusqu’à 0.85% pour le prêt à 20 ans chez certains organismes de crédit. Le taux OLO belge à 10 ans (taux d’intérêt de référence sur le marché du prêt hypothécaire en Belgique) est même descendu en-dessous de zéro et y est toujours aujourd’hui.

Ces taux historiquement bas expliquent peut-être que le prêt hypothécaire a été moins impacté par la crise sanitaire que le prêt personnel. Nous avons constaté une diminution des demandes moins marquée pour les crédits hypothécaires, une observation confirmée par les chiffres de la BNB qui a enregistré seulement 11.1% de diminution des nouveaux crédits hypothécaires contre 18.9% pour les prêts personnels. La baisse des taux a aussi profité à certains propriétaires, qui ont pu demander un refinancement de leur emprunt auprès de leur courtier ou banquier.

 

Moins d’emprunteurs défaillants

Fait surprenant, l’année 2020 a vu moins d’emprunteurs défaillants que 2019. Cela confirme la tendance qui s’était amorcée depuis plusieurs années : la solvabilité des Belges s’améliore.

Pourtant, avec les mesures de restriction liées à la crise sanitaire, on aurait pu s’attendre à une explosion de l’endettement et des défauts de paiement. En réalité, le choc économique est encore amorti par les aides du gouvernement, qui permettent aux entreprises d’éviter les licenciements et protègent les revenus des Belges.

Vers un redressement en 2021 ?

Les promesses de vaccins et de relance économique peuvent nous faire espérer un redressement de la situation pour 2021. Malheureusement, cela est peu probable : les mesures du gouvernement pour limiter les conséquences financières de la crise sanitaire prendront fin le 31 décembre 2020. 2021 sera donc l’année où nous verrons réellement les résultats de cette économie au ralenti.